L'inspecteur ne renonce jamais (épisode 5)
Par Cécile / Lucie / Colette / Aurelio / Thomas / Jean-Paul / Annie-Claire, lundi 16 juin 2008 à 20:09 /// Synesthésie /// #420 /// rss
…entendre la voix digitale proclamer :
– Arrêt du Paris-Coaster. Veuillez descendre par la portière gauche.
Évidemment, la voix déclina le même texte en arabe, chinois, indien et anglais. Autour d’eux, le paysage idyllique d’un Paris des années 90 disparut pour laisser la place à un écran Black Plasma Super HD 360° désespérément éteint. La porte gauche se souleva. Les ceintures se détachèrent. Fin de la simulation virtuelle.
Verzinski avait les jambes qui tremblaient en sortant. Annabella le prit par le bras pour le soutenir (ce qui eut encore un effet désastreux sur sa libido) :
– Ça va aller ?
Verzinski s’essuya le coins des lèvres.
– Filez moi le dossier, je vais regarder ça chez moi au repos, il faut que je rentre.
Annabella lui donna un dossier électronique qui comprenait tout ce dont il avait besoin pour son enquête : bio détaillé du chef du réseau, photos haute-résolution & vidéos de surveillance Blu Ray 3000.
Annabella, en le quittant, le regarda droit dans les yeux.
– Verzinski, on compte sur vous. Je vous recontacte très prochainement. Bonne chance.
Cette femme avait vraiment la classe.
* * *
Verzinski, dans le taxi qui le reconduisait chez lui, commença à consulter les éléments fournis par Annabella. La station audio-vidéo diffusait un clip « nu grunge » (c’était donc pour ça, tous ces adolescents avec ces jeans déchirés et ces chemises de bûcheron usées), ce qui n’aidait pas à la concentration.
La pression digitale ouvrit le premier document texte : le chef du réseau qui menaçait Paris et la France s’appelait donc Brad N’Goy. Né d’un père chinois et d’une mère sénégalaise sans-papiers, cet individu avait commencé très tôt une carrière de militant politique, un parcours qui n’avait d’ailleurs aucune cohérence (révélateur d’un individu sujet à des crises ?) : d’abord néo-chiraquien, puis centre-gauche tendance Besancenot, il devint Écolo-Warrior pour terminer Francilien-Nationaliste. En fait Brad N’Goy réclamait ni plus ni moins l’indépendance de Paris, et pour atteindre son but, son armée (oui, il avait réussi à réunir une cinquantaine d’activistes déjà) était prête à tuer. La preuve : l’horrible attentat-suicide de Neuilly (22 morts), c’était eux.
– L’indépendance de Paris ? Quels intérêts étaient cachés derrière cette requête non-sensique ? se demanda Verzinski en cliquant sur le dossier photos.
Un homme cagoulé d’un bonnet rose-fluo (so Tecktonik 2008) apparut sur le mini-écran : c’était une des seules photos connue de N’Goy. Eh ben, c’était pas simple comme première affaire post-carcérale. Il éteignit d’un geste le document électronique.
À travers les vitres fumées du taxi, ses premières impressions se confirmèrent : Paris, en dix ans, avait vraiment changé. En pire bien sûr. Sur les kiosques de l’indétrônable JC Decaux, des affiches pour la dernière comédie musicale à la mode (« Mai 68 »), les prochaines sorties annoncées de vidéos 3D (« Bienvenue chez les Basques ! ») et les couvertures géantes des magazines people (« Le Nouvel Obs », « Le Point ») faisaient partie intégrante du paysage.
Verzinski descendit du taxi. Son quartier (Barbès-Giscard) était devenu… un quartier de vieilles mémés à pit-bulls castrés. Berk. Il remonta le col de sa veste en cuir et se dirigea vers son immeuble.
Arrivé au 3ème étage, ça sentait le roussi. La porte de son appartement était entrouverte. Prudemment, il pénétra dans l’entrée et tenta d’allumer le plafonnier : bien entendu, EDF-SONY avait coupé le courant. Il entendit un bruit dans son bureau et…

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