L'entre-deux
Par Cécile / Lucie / Colette / Aurelio / Thomas / Jean-Paul / Annie-Claire, dimanche 6 mai 2007 à 16:27 /// Synesthésie /// #264 /// rss
A la musique : Aurelio
A l'écriture : Cécile


La musique
Le texte
Eleanor Tillerman est morte, noyée, le 15 juillet 1945. Son corps emporté par les flots de la rivière Rhyne ne fut retrouvé qu'un mois plus tard.
Personne ne put se prononcer avec certitude sur les raisons de sa mort. Etait-elle tombée accidentellement du petit pont qui reliait la propriété de ses parents au petit village de Campton-upon-Avon ? Ou fallait-il voir dans cette fin tragique la résurgence de pulsions suicidaires présentes chez nombre de ses personnages ?
Lorsque ses biographes évoquent la solitude qui suivit la parution de son dernier haut-puce, ils citent généralement la correspondance de l'écrivain avec sa soeur Emily, et notamment la fameuse phrase : "Je n'aurai donc décrit l'extrême désespoir que pour mieux le subir à mon tour, j'en viens à me demander s'il n'eut pas fallu que j'écrive des romans débordants de bonheur pour avoir moi aussi un jour la chance de le vivre."
Cette période encore assombrie par la mort de son fils et de son mari de la tuberculose semble en effet accréditer la thèse du suicide, encore que la plupart des personnes qui ont eu l'occasion de côtoyer Eleanor Tillerman la décrive comme une personnalité extrêmement brillante et vive et se prononcent en faveur de la thèse de l'accident quant à sa disparition.
Ironie du sort, son dernier roman "The Passage", fortement critiqué à sa sortie, est aujourd'hui celui qui lui vaut une reconnaissance internationale, à la hauteur du culte que certains critiques vouent à Virginia Woolf.
La photo, ci-dessus, représente l'entrée d'un bâtiment annexe du manoir Tillerman détruit pendant la deuxième guerre mondiale. On ne sait si la couleur est d'origine mais plusieurs critiques, dont l'éditorialiste Marcus Spencer, ont fait un lien direct entre cet endroit et le "passage" décrit à plusieurs reprises dans le roman comme une porte entre différentes temporalités, un "entre-deux" doté de pouvoirs magiques.
Marcus Spencer est d'ailleurs allé plus loin en associant le personnage maléfique du colonel Graham avec l'oncle d'Eleanor, soupçonné d'avoir abusé d'elle pendant son adolescence. La "porte bleue" dans ses premiers romans ne représentait pas, alors, un passage mais l'occultation d'événements traumatiques par la banalité d'un décor campagnard.
Une critique américaine, Mary Cooper, y voit au contraire l'aveux des relations extra-conjugales d'Eleanor Tillerman avec son jardinier, mais ses hypothèses, comme les lectures ouvertement féministes qu'elle a fait des grands classiques demeurent très critiquées.
Quand on lui a demandé ce qu'il y avait derrière cette porte, Elizabeth, la petite-fille de l'auteur aurait répondu : "Personne ne sait, le loquet est tellement rouillé que la porte est comme scellée, et comme nous ne sommes pas très bricoleurs dans la famille..."
Le "Passage" garde son secret.

Commentaires
1. Le dimanche 6 mai 2007 à 16:50, par marie-thérèse
2. Le dimanche 6 mai 2007 à 16:51, par bob
3. Le dimanche 6 mai 2007 à 23:29, par Le service commercial de Synesthésie
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