What is video ?
Par Cécile / Lucie / Colette / Aurelio / Thomas / Jean-Paul / Annie-Claire, mardi 10 avril 2007 à 18:59 /// Synesthésie /// #238 /// rss
C'est Jean-Paul qui est aux commandes avec une vidéo intitulée "What is video ?". Et on a tous essayé de répondre à la question, Thomas en musique, Cécile avec une nouvelle et moi en image...

La musique
La nouvelle
Elle attendait depuis près de dix minutes et commençait sérieusement à s'impatienter. Fut un temps où les robots ne s'ennuyaient pas, songea-t-elle, mais elle était trop sophistiquée pour cette époque.
Les écrans d'information diffusaient trois films simultanément qu'un simple balayage lui permettait d'identifier : un Godard, un Rohmer et un Marker. Au coeur d'un Paris reconstitué après destruction totale, ce cinéma avait à coeur de présenter le fleuron culturel de ce qui avait été. Quelques touristes avides d'émotions hautement intellectuelles venaient parfois s'y égarer le temps d'une séance.
Bientôt, un indicateur qui avait choisi le mauvais camp entrerait dans ce cinéma et elle le tuerait. Le visage de l'homme était imprimé dans sa rétine comme surgie de son passé. Mais il ne s'agissait que d'une image dépourvue d'émotion, un souvenir artificiel implanté par convénience. Comme un photogramme de cinéma. La réflexion avait jailli sans qu'elle y prenne garde alors que ses yeux bioniques s'arrêtait à nouveau sur les écrans.
Elle se déplaçait pesamment. Le transfert dans ce nouveau corps avait été fait en urgence et ils n'avaient même pas pris la peine de réinitialiser complètement ses souvenirs précédents. Ceux de l'époque où elle occupait un corps de femme.
Elle refit quelques pas, elle se savait plus robuste et capable de tordre le coup à l'indic comme on étrangle un poulet, mais elle ne pouvait s'empêcher de regretter son précédent corps.
Sur l'écran numéro trois, se déroulait la fin du Marker, elle reconnut les images de la femme au bout de la jetée. Un léger basculement dans sa mémoire et elle entendrait les dernières paroles du film qu'elles connaissaient par coeur sans les avoir apprises. Mais ce n'était pas le moment, elle était en mission.
Deux personnes entrèrent et eurent un mouvement de recul quand elle se dirigea vers elles. Elle bougeait beaucoup trop vite et l'indic ne faisait pas partie du couple. Il fallait qu'elle ralentisse ses mouvements si elle ne voulait pas le voir s'échapper.
Elle se demanda soudain si on s'était contenté de lui imprimer l'image de l'indic dans le cerveau ou si les méthodes de meurtre qu'elle connaissait en faisait partie. Elles avaient cette froideur dépourvue de contexte qui s'apparentait, elle le savait maintenant, aux souvenirs artificiels. Tout l'inverse de ceux de son corps féminin qui lui revinrent soudain en tête.
Elle secoua sa grosse tête sur son corps de brute. Se pouvait-il qu'elle ait le choix ? Qu'elle puisse écarter une partie de ces souvenirs qu'on lui imposait pour la forcer à agir de manière déterminée ?
Une curieuse bataille se joua en un instant, elle était un être électronique après tout, ses émotions duraient en moyenne 100 fois moins que les humains. Et quelle que soit la sophistication de ses circuits, elle n'était pas armée conceptuellement pour affronter la liberté que représentait les conclusions auquelle l'amenait son intelligence acérée. Se pouvait-il que les images mouvantes aient une influence délétère sur sa réflexion ?
L'indic entra à ce moment et sans hésiter, elle se dirigea tout droit vers lui, les poings serrés.
La photo


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