Mathématiques
Par Cécile / Lucie / Colette / Aurelio / Thomas / Jean-Paul / Annie-Claire, dimanche 11 mars 2007 à 17:00 /// Synesthésie /// #207 /// rss

En ce dimanche ensoleillé, c'est Aurelio qui initie le mouvement avec Mathématiques, morceau musical.
Jean-Paul en a tiré une vidéo, Cécile une nouvelle et moi une photo.
La vidéo
La nouvelle
Anselme avait 28 ans. Il avait les cheveux coupés courts. Il ne portait jamais de baskets. Parfois il faisait de l'humour.
Ce jour-là, je vins le voir dans son laboratoire. Il y avait une grosse boîte noire avec des fils qui sortaient à l'arrière. Je me demandais ce que c'était. Je lui demandais.
« C'est ma dernière invention, dit-il.
– A quoi elle sert ? demandais-je.
- C'est un générateur musical, dit-il. Elle produit de la musique selon des critères donnés.
- Tu l'as déjà essayé ? demandais-je.
- Oui, dit-il. Lundi, je lui ai demandé de me faire une chanson de Michel Legrand. Son gestionnaire de quintes fonctionne bien.
- Ah, c'est bien, dis-je.
- Mardi, continua-t-il, je lui ai demandé de me faire un opéra de Mozart. Mais j'avais oublié de lancer sa base de données en allemand. Alors j'ai un opéra de Mozart en italien.
- Ah oui, dis-je.
- Mercredi, je l'ai confrontée aux Beatles. Elle a fait une petite chanson sur un autobus vert. Le refrain disait : « quand mes enjoliveurs pleurnichent doucement ».
- Tu comprends l'anglais ? m'enquis-je.
- J'ai cherché la traduction dans le dictionnaire, répondit-il.
Il avait l'air de s'excuser.
- Jeudi, je voulais qu'elle me fasse un inédit de Claude François. Elle a buggée sur le premier couplet. Ca parlait de sèche-cheveux. J'ai mis deux jours à la remettre en route. Et puis j'ai eu l'idée d'une nouvelle fonction.
Il y eut un moment de silence.
- Quelle est cette fonction ? demandais-je.
- J'ai décidé de la brancher sur des humains. Je voulais qu'elle génère de la musique en fonction de leurs émotions.
- Ah, dis-je. C'est une idée. Je n'y aurais pas pensé. Je ne savais pas que c'était possible.
Il regardait la machine d'un air lugubre.
- Ça n'a pas marché ? demandais-je.
- Je l'ai branché sur Sophie, dit-il. Elle ne voulait pas mais je l'ai convaincue. Au début, ça ne faisait rien. Et puis on s'est installé sur le canapé pour faire l'amour.
- Ce canapé ? demandais-je.
- Oui, dit-il. Ça s'est mis en route. Je ne me suis pas rendu compte tout de suite.
- Tu étais occupé, dis-je. Ça peut se comprendre.
- Oui, dit-il. Et puis je me suis aperçu qu'une horrible musique techno-minimaliste envahissait la pièce. A la fois très ennuyeuse et très limitée. Sophie m'a regardé, elle a éclaté de rire. A partir de là, elle n'a plus pu s'arrêter.
- Une musique techno-minimaliste, dis-je, pensivement. Et ensuite ?
- Ensuite, je l'ai trainée dehors par les cheveux. Mais même quand sa tête a cogné les marches de l'escalier une à une, elle ne pouvait plus s'arrêter de rire.
Il soupira.
- Et la machine jouait du Boby Lapointe.
L'image


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