Les hérons dorment-ils sur un pied ?
Par Cécile / Lucie / Colette / Aurelio / Thomas / Jean-Paul / Annie-Claire, dimanche 25 février 2007 à 16:59 /// Synesthésie /// #193 /// rss
A l'arrivée : une musique d'Aurelio, une vidéo de Jean-Paul et une image (de moi).

Il parlait.
Je le savais parce que je voyais sa bouche s'ouvrir et se tordre pour produire des sons. Mais par un curieux phénomène, j'étais incapable de comprendre ce qu'il disait. Les mots s'abattaient autour de moi avec des bruits de serpillières trempées, sans que j'en puisse définir le sens. C'était comme s'il parlait une langue étrangère. Comme si la connexion ne se faisait plus dans mon cerveau entre les assemblages de sons et les pensées. J'avais un peu le vertige aussi. Pour couper court à cette purée de mots, je sortis la première choses qui me vint à l'esprit:
“Le ciel est bleu aujourd'hui.”
Et quittait la pièce.
Dehors, la rue était vide. Je marchais le long d'un mur anonyme tâché de traces d'oeufs. Il y avait eu bataille dans l'après-midi.
Plus loin, je me retrouvais face à une affiche que je connaissais. Gwenaël l'aimait. Elle représentait une femme habillée de ce seul mot: MYSTÈRE. Je ne lui trouvais aucun charme particulier, elle avait ce faux air artistico-commercial de la publicité. Je n'aimais pas non plus le bleu sur l'affiche mais je ne savais pas pourquoi.
La perspective de la joie de Gwenaël si je parvenais à lui ramener cette surface de papier intacte me poussa pourtant à l'arracher.
Avec prudence. Les affiches sont fragiles. En fait, il me fallut une heure pour en venir à bout à l'aide de ma lime à ongles que je portais toujours sur moi pour me défendre. Je roulais précautionneusement l'affiche sous mon bras pour ne pas l'abîmer.
J'allais partir, j'avais déjà fait un pas dans ce sens quand une injonction me cloua sur place: “Halte! Ne bougez plus!”
Je restais un pied en l'air. C'était la police.
“Alors ? Savez pas lire ?” me lança un des deux représentants de l'autorité en désignant le mur sur lequel je venais de m'échiner pendant si longtemps.
Je remarquais alors l'inscription que l'affiche m'avait jusque là caché :
“Défense de désafficher”.
Je tentais un coup de lime à ongles, dans l'espoir naïf de les surprendre et d'en profiter pour m'enfuir, mais d'un coup de matraque il l'envoya voler au loin dans un champ de coquelicots.
J'étais prise.
La musique
La vidéo
L'image


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