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Tout au bout de cette allée. C'est là que se trouvait ma mère. Normalement. Pas vue depuis depuis 27 ans, 7 mois et 12 jours. 

Les derniers rayons de soleil m'arrivaient en pleine face et, fuck, j'avais paumé mes ray-ban, sans doute à la station-service quand je suis allé pisser. J'ai arrêté ma caisse près d'un arbre agonisant  pour méditer. Méditer, c'est à dire allumer une clope en écoutant la radio latina du coin qui diffusait une cumbia de ce bon vieux Celso Piña. Je n'avais aucune idée à quoi ma mère ressemblait aujourd'hui. Une photo  d'elle à l'âge de 23 ans, c'est tout ce que possédais: je peux juste vous décrire une petite femme brune, typée mexicaine,  plutôt sévère, c'est tout. J’ai mis presque un an à la retrouver. Le déclic ? Mon psy il y a 4 ans, qui m'a expliqué avec ses termes qu'il était "primordial" pour moi de combler ce "manque maternel" ... "Primordial" si je voulais me dépêtrer de tout ces problèmes avec la gente féminine (non, non je ne vais pas rentrer ici dans les détails). Donc, en faisant ma petite enquête, j'ai fini par retrouver son adresse, grâce à mon pote Simon, qui bosse dans les renseignements. Je savais juste qu'elle nous (moi et deux frères) avait laissé dans un service social de San Antonio quand j'avais 2 ans et sans motif précis. Et puis finalement j’ai retrouvé sa trace, il y a 3 semaines. Sa "rue" n'était même pas sur une carte. Tiens d'ailleurs, le mec de la station-service m'a lancé un drôle de regard quand je lui ai demandé l'accès au chemin. Elle doit pas être trop aimée dans le coin. Faut que je m'attende à tout. Une tarée qui vit reclue dans sa maison. Ou alors une pute qui se fait sauter par tous les rednecks du coin. Man, j'ai honte de penser ça sur elle.

Et toujours cette putain de luz  dans la gueule.  Je regarde le chemin sablonneux qui se dessine entre ces deux pauvres barrières de bois. Au fond, il y a une baraque, et dans cette baraque, ma mère. Je me demande si elle va me reconnaître et puis je me persuade qu'une mère reconnaît toujours son enfant. C’est vrai ça. Enfin c'est ce qu'on dit.

Ma voiture est repartie et ça y est je la vois la maison. Elle s'approche de moi ou c'est moi qui m'approche d'elle, je ne sais plus. Les rayons du soleil deviennent orangés, moins agressifs que tout à l'heure... La luz s'apaise pour laisser place à l'obscurité. Tiens c'est allumé à l'intérieur. "Maman, suprise... j'arrive".

* * *

Ce soir je ne le sens pas, no lo siento... j'ai donné à bouffer aux deux chiens... avec aussi une gamelle d'eau... Ay dios mio, Paco semble bien mal au point avec sa patte estropiée. Je suis sortie sur le perron, pour respirer la légère brise du soir. Mais ce soir il y avait la luz. Et ça j'aime pas. C'est pas comme d'habitude, c'est la luz qui me donne mal au crâne, qui me donne envie de disparaître.

Je suis rentrée allumer la télé pour mater Jerry Springer. Encore une histoire d'adultère. Mais pendez-le par les couilles ce cabrón, il se fait la cousine de sa femme, c'est dégueulasse. ça ne sert  à rien de huer, il faut l'arrêter et l'éliminer, voilà ce que je dis. Comme cet épicier que je vois tous les samedis quand je fais mes courses. Mierda, je vais devoir encore avoir à faire à ses insultes demain. Il va encore m'appeler la loca, la folle. "Como estas la loca ?" il va me crier, et tous les clients vont se marrer et vont commencer à me foutre des mains au cul. Mais eux ils savent pas ce que j'ai vécu. Mon mariage avec un gars à moitié taré et violent. Les viols répétés de ses amis. Ensuite ces trois (ou quatre ?) gamins que j'ai du abandonner. Ahora... laissez-moi... deja me ya ...

??? Un bruit de moteur. Mierda, une voiture arrive. On vient encore m'embêter, chez moi. ça va être Bobby le bègue ou alors Tommy, le tatoué. Ils vont venir gueuler des insanités et se barrer comme des lâches. Hijos de puta ! cette fois, c'est pas possible, on va voir ce qu'on va voir. Je regarde par la fenêtre. On ne distingue plus grand chose dehors. La luz s'en va. C'est déjà ça. Tiens je ne connais pas cette voiture, une cadillac blanche des années 70.  Mais attendez-moi mes petits, attendez-moi, espera mijitos, tengo una sorpresa de la madre loca, j’ai une surprise pour vous mes petits chéris. Je suis allée dans la chambre et je l'ai sortie du coffre. Ensuite je suis retournée à la fenêtre et voilà que j'attends.  La cadillac s'arrête devant l'entrée. Les deux chiens s'approchent et reniflent les pneus. Tiens, je te le dis moi, dès que la personne sort de la caisse, c'est promis je lui tire dans ses couilles. Ils vont voir ce qu'elle sait faire la madre loca. Cabrón !



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