Sous le signe de la vache
Par Cécile / Lucie / Colette / Aurelio / Thomas / Jean-Paul / Annie-Claire, dimanche 24 décembre 2006 à 19:25 /// Synesthésie /// #127 /// rss
Pour Noël, une création sous le signe de la vache ! C'est Cécile qui initie le mouvement avec une critique cinématographique qui sert de base à une création musicale et une photo. Thomas rejoint l'équipe et s'occupera de la musique en alternance avec Aurelio.


La critique cinématographique
Si l'on s'intéresse au surréalisme dans le cinéma, il est difficile de passer à côté de la vache. En disant cela, je réalise que le mot « surréalisme » ne m'est pas venu dans l'acceptation courant imposée par Breton and co., mais dans ce que j'estimais être son véritable sens quand j'étais jeune : quelque chose de « plus réel que le réel ». Qui n'a pas eu la sensation en rêve de naviguer dans un monde sans logique avérée pour retrouver soudainement un élément de réel si parfait qu'il en revenait sur terre ? La vache tient bien souvent ce rôle au cinéma s'affirmant comme le seul élément stable dans un monde condamné au mouvement. (Le même phénomène peut être constaté avec les vaches qui regardent passer les trains mais ce n'est pas notre sujet).
Commençons par la vache chez Tati, longuement encensée par Michel Chion dans son ouvrage « Le son au cinéma ». Au détour du film « Mon Oncle », une vache digne des plus belles cartes postales et sise dans un délicieux pré vert paît paisiblement. Le personnage de l'oncle s'arrête interloqué devant ce tableau, un peu comme un enfant qui verrait son livre d'images des animaux de la ferme prendre vie. Le ruminant choisit le moment où le spectateur commence à se demander où le réalisateur veut en venir pour pousser un "meuh" sonore. L'image est parfaite, le son aussi, mais tous deux ne semblent pas synchrone, un peu comme si l'image et le son avaient choisi de mener des vies indépendantes. Michel Chion y voit l'excellence de la puissance du son chez Jacques Tati : le surréalisme par excès de netteté. « La vache et le meuh » est le titre de ce premier chapitre.
Si Tati a choisi la vache comme animal-vedette de cette séquence, peut-être est-ce dû à la beauté de son ramage, à l'esthétisme de sa robe, ou encore - qui sait ? - au poids de réalité attaché à l'animal. Car la vache, c'est la stabilité, la chaleur du réel et tutti quanti...
Sa présence paraît dès lors incongrue dans un film comme "La Haine", et pourtant, sa silhouette hante un des protagonistes (Vinz). Un court éclair d'humour dans un film qui s'arrache à sa propre pesanteur. Finalement, se dit-on, ce jeune homme un peu violent et un peu irresponsable ne peut pas être si méchant que ça s'il a des apparitions bovines (un peu comme Jeanne d'Arc avec les voix). Alors qu'il vitupère contre la société (« La Haine » est un film plein de vitupérations) et qu'il fait joujou avec un pistolet volé à un flic, alors qu'on se dit qu'il a vraiment perdu toute attache avec la réalité, le réalisateur (manifestement du même avis), lui envoie une vache entre deux murs de caves. Le loulou médusé s'arrête un instant pour s'interroger sur des choses plus profondes : « Le monde est-il bien ce que je vois ? Puis-je faire confiance à mes sens pour en appréhender la réalité ? Y a-t-il une vache dans la cave ? » A nouveau, l'histoire bute, s'immobilise un instant avant de reprendre son chemin tant bien que mal. Là non plus nous n'aurons pas de justification sur la présence de la vache.
La troisième apparition se produit dans "O'Brother Where Art Thou" mais elle est cette fois plsu préparée. Un aveugle nous annonce dès le début : "Tu verras une vache sur le toit d'une grange". Notons au passsage que cette apparition est sensée se produire après une inondation proche du déluge. Qui peut mourir sans voir Rome ne saurait décemment rater le spectacle de ce pacifique ruminant, rescapé d'un monde sous les eaux, et lorsque Everett (Georges Clooney, très bien coiffé) prend conscience du cataclysme qui s'est abattu sur son monde, la « vache sur le toit d'une grange » apparaît comme pour lui confirmer ses craintes. La pause incrédule d'Everett est de courte durée, il faut dire que personne ne parvient à stopper Everett Ullysses McGill dans ce fim, à peine la vache le ralentit un peu dans sa course.
Si après tous ces exemples vous n'êtes pas convaincu du potentiel cinématographique surréel de la vache, il ne me reste qu'à vous renvoyer à l'animal fétiche du réalisateur David Lynch, je veux parler bien sur du canard. Mais ce sera le sujet d'une autre conférence.
Au revoir et portez vous bien.
La musique
La photo


Commentaires
Aucun commentaire pour le moment.
Ajouter un commentaire