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La création sonore de Colette

La nouvelle de Cécile

« Alors, vous avez décidé où vous souhaitiez effectuer votre service intersidéral ? »
MRZ considéra avec intérêt le traducteur instantané et les mots étranges qu'il crachotait par intermittence. La langue se situait dans un registre assez limité mais les inflexions en étaient riches. Le rythme était incroyablement rapide, mais ce n'était pas là le piège le plus redoutable selon son professeur de communication. Non, le piège c'était que chez les humains le langage étaient l'unique vecteur de communication car ils n'étaient pas télépathes.
« Je choisis la terre ! »
L'administrateur qui flottait nonchalemment dans une eau bleu-grise ne présenta aucun changement d'état à cette annonce enthousiaste et MRZ se sentit transporté l'instant d'après sur la terre, non sans qu'un programme automatisé lui énumère les risques qu'il choisissait d'encourir.
« La Terre étant située dans une galaxie encore trop primitive, il est évident que ses habitants ne sont aucunement au courant du service intersidéral ni de la nécessaire coopération régnant entre les êtres, leurs comportements sont marqués par cette lacune fondamentale et entachés de primitivisme... »

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Sur la terre régnait une belle lumière dorée, mais MRZ ne put en profiter complètement car il perdait déjà son corps semi-liquide au profit d'un curieux mélange d'oxygène et de carbone, avec tout de même une touche d'hydrogène. Il vacilla quelque peu en percevant le composant familier.

Il se trouvait sur une sorte de sentier qu'empruntaient d'autres humains dotés de divers moyens de transport, certains, comme lui, à pied. Sa transformation n'avait pas dû réussir complètement car il lui semblait percevoir une sentiment diffus de gêne autour de lui. Il avait entendu quelques histoires de transmutations ratées ayant donnée à de grandes vagues de panique chez les humains mais il lui semblait avoir correctement étudié le problème. Faisant fi de ce mauvais pressentiment, il gravit les marches d'un sanctuaire qu'il avait identifié comme « une administration responsable du travail humain ».

Le premier humain à qui il adressa la parole était un agent de cette administration dont les sentiments maussades étaient perceptibles sans l'aide de la télépathie.
« Bonjour, monsieur.
- Bonjour, monsieur. »
Malgré le sourire qu'il voulait engagé, l'autre ne répondit que par un curieux son que son traducteur instantané ne parvint pas à décrypter.
« On veut faire le malin ? C'est comme vous voulez mais les employeurs n'aiment pas ça, je vous préviens.
- Je ne veux pas faire le malin, je veux travailler.
- Bien, bien. Nous avons trois postes à pourvoir aujourd'hui...
- Je les prends, s'empressa-t-il de répondre, expérant montrer au primitif qu'il était de bonne volonté.
Ce dernier exhala bruyamment l'air contenu dans ces poumons et ignora son intervention.
- ... un poste d'assistant-charpentier, un poste de plombier et un poste d'apprenti-cuisinier. Quelles sont vos expériences dans l'un ou l'autre de ces domaines ?
- Je fais très bien la cuisine.
- Je vous inscris comme apprenti-cuisinier.
- Merci, monsieur.
- Mademoiselle, le coupa l'humain un peu sèchement. Les plaisanteries les plus courtes sont les meilleures comme vous aurez sûrement l'occasion de...
Il s'arrêta soudain et se mit à le regarder fixement, où plus exactement se dit MRZ, il regardait cette partie de son corps que les humains appelaient « entrejambe » et qui semblait comme agitée de soubresauts.
- Qu'est-ce que... qu'est-ce que... bredouillait l'humain écarlate.
MRZ plongea l'extrêmité de son membre supérieur dans le replis de tissu appelé « poche » et en ressortit une petite boule de plume frissonnante. Il réalisa qu'il avait dû la synthétiser par mégarde au moment de la transmutation qui avait précédé l'atterrissage. La petite boule de plumes s'échappa de son emprise et retrouvant plus ou moins son équilibre entreprit de prendre la fuite en semant un vent de semi-panique parmi les employés.
- Monsieur aurait peut-être préféré un poste de magicien, glapit l'humain dont le visage était déformé par la colère.
- Je vous prie de m'excuser, récita MRZ automatiquement, espérant que cela suffirait à éviter l'incident diplomatique et un renvoi illico dans sa galaxie.

********

Son premier employeur était un humain assez petit qui le considéra avec mépris.
- J'aime pas les crrrrr... ils me donnent envie de gerber.
MRZ eut un léger mouvement de tête pour tenter de recaler le traducteur automatique mais celui-ci fonctionnait à merveille. Apparement, le petit humain avait réussi à proférer un mot qui n'existait pas dans son thésaurus. Incertain sur la réponse qu'on attendait, il se contenta de sourire pacifiquement.
- Aujourd'hui, c'est pot-au-feu ! 50 couverts à servir ! T'es encore là ?!!
MRZ suivant les instructions contenues dans son thésaurus se précipita vers un livre de recettes et tourna les pages jusqu'à « pot-au-feu ». Cela ne semblait guère compliqué. Il entreprit de suivre les instructions avec entrain.

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Quelques heures plus tard, ses « pots-au-feu » partaient vers les premières tables. Un humain à la peau doré s'approcha de lui avec un grand sourire.
- Pas le mal le coup du livre de recettes, Cancrelat était vert.
MRZ s'appliqua à présenter un visage interrogatif pour signifier qu'il n'avait compris. L'humain à la peau doré désigna le petit humain agressif qui l'avait accueilli.
- Monsieur Cancrelat semble difficile à contenter, fit répondit MRZ avec un sourire appliqué.
- « Monsieur Candrelat », c'est une première ça ! T'es un comique toi !
Il baissa soudain le ton comme ledit Monsieur Cancrelat s'approchait d'eux.
- Manque une patate ! Et je ne parle pas de toi ! Grouille-toi de m'en cuire une sinon je te fais renvoyer chez toi !
MRZ sentit l'angoisse de se voir découvert, alors que l'autre faisait demi-tour avec un sourire mauvais tout en marmonnant :
- La place des nègres c'est en Afrique.
L'humain à la peau dorée secoua la tête :
- Il va revenir dans cinq minutes pour te passer un savon et te virer, c'est dommage, je t'aimais bien.
MRZ réfléchit un instant mais il n'avait pas l'intention de rentrer chez lui. Saisissant une pomme de terre, il la fit pivoter contre l'éplucheur pour la débarrasser de sa peau et la fourra dans une grande casserolle. Puis il alluma le feu pour rassurer les humains sur ce qui allait se produire et concentra un flux d'energie quantique sur le contenu de la casserolle. A cet instant, il regrettait de n'avoir pas été plus attentif pendant ses leçons d'énergie quantique et de transformation de matière. Quand il eut fini, il sourit à l'autre humain qui l'observait avec curiosité.
- Une chance sur deux que cette patate soit cuite.
- On dirait que tu parles du chat de Schrödinger, répondit l'autre provoquant quelques froncements de sourcils et murmures interrogatifs parmi les autres cuisiniers qui s'étaient approchés.
- Vas-y Ali, lança l'un d'eux. On va pas attendre Cancrelat.
L'humain à la peau dorée souleva doucement le couvercle et annonça à la cantonnade.
- Elle est même un peu trop cuite.
Un murmure admiratif parcourut l'assistance tandis que MRZ souriait avec soulagement.

L'énergie quantique était décidément quelque chose de plus prévisible que les humains.