L'enfant-arbre

De toutes les jeunes filles en robe blanche qui hantaient la maison de ma soeur, Elisabeth avait toujours été ma préférée. De longs cheveux noirs, fine, silencieuse et énigmatique, elle donnait l'impression de n'avoir jamais besoin de personne. Les autres enfants ne l'aimaient guère. Le seul être à qui elle daignait se confier était un arbre. Un saule centenaire qui siègeait, immobile, au fond du parc. Elisabeth venait souvent le voir et passait de longues heures, allongée à ses pieds ou appuyée contre son tronc. Quand le hasard de nos promenades nous menait de ce côté, nous pouvions la voir, de loin. Son regard nous faisait clairement sentir qu'il nous était déconseillé de venir troubler le tête à tête. Nous faisions généralement un détour.

Cette amitié exclusive et inhabituelle se prolongea pendant plusieurs années, jusqu'à un orage de printemps plus violent que les autres. Un éclair foudroya le saule, ne laissant qu'un tronc à demi consumé. Le coeur d'Elisabeth cessa de battre cette même nuit. Elle se renferma totalement. Son appétit se détériorait. Elle devint livide et muette. Petit fantôme aux yeux éteints. Elle nous quitta définitivement quelques mois plus tard.

Un matin, alors que nous devisions tristement avec ma soeur dans la forêt du parc, notre attention fut attirée par des pleurs. Ils provenaient du tronc éventré du saule. Là, à notre grande stupéfaction, parmi les cendres et les copeaux de bois, nous trouvâmes un bébé.

Cela va faire maintenant plusieurs années que le saule et Elisabeth ont disparu. Leur enfant, car je ne peux me décider à le considérer autrement malgré les protestations rationalistes de ma soeur, leur enfant, je le regarde grandir. Il ne ressemble à aucun autre. Il aura deux ans bientôt, mais il ne parle toujours pas. Ses yeux surtout m'intriguent, il me semble que leur couleur n'est pas toujours la même. Ce matin, ils étaient jaune-orangé.

C'était alors le début de l'automne.


L'image a été réalisée en s'inspirant de la nouvelle de Cécile.